Catena Aurea 4040


CHAPITRE XI


v. 1

4101 Mt 11,1

Rab. Le Sauveur avait donné à ses disciples qu'il envoyait prêcher l'Évangile les instructions nécessaires; il accomplit maintenant lui-même ce qu'il leur avait enseigné en allant porter aux Juifs les prémices de sa prédication. «Après que Jésus eut achevé de donner ces instructions à ses douze disciples, il partit de là», etc.

S. Chrys. (hom. 37). L'Évangéliste dit qu'il partit de là, c'est-à-dire qu'ayant donné à ses Apôtres leur mission, il s'éloigna afin de leur laisser toute latitude pour le lieu et pour le temps où ils accompliraient ce qu'il venait de leur recommander. Car s'il avait continué à être présent au milieu d'eux et à guérir les malades, personne n'aurait eu recours à ses disciples. - Remi. C'est par suite d'un dessein plein de sagesse que le Sauveur passe de ces enseignements parti culiers qui concernaient les apôtres, à des instructions qui s'adressent à tous et qu'il fait au milieu des cités, car il était descendu des cieux sur la terre pour éclairer tous les hommes, et il donne en cela aux prédicateurs remplis de l'esprit de Dieu l'exemple de s'appliquer à être utile à tous sans distinction.


vv. 2-6

4102 Mt 11,2-6

La Glose. L'Évangéliste vient d'exposer comment Notre-Seigneur, par ses miracles et par sa doctrine, avait instruit ses disciples aussi bien que le peuple; il nous apprend maintenant comment ces enseignements parvinrent jusqu'aux disciples de Jean, qui paraissaient avoir quel que jalousie contre le Christ. «Or Jean ayant appris dans la prison», etc.

S. Grég. (homél. 6 sur les Evang). Il nous faut rechercher pourquoi Jean-Baptiste, prophète et plus que prophète, qui avait fait connaître le Sauveur, lorsqu'il vint se faire baptiser, en lui ren dant ce témoignage: «Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde», envoie de la prison où il est enfermé ses disciples pour demander: «Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?» Il semble ignorer celui qu'il a lui-même mani festé au peuple, et ne pas connaître le Sauveur qu'il a proclamé si hautement dans ses prédic tions, lors de son baptême, et quand il le voyait venir à lui.

S. Ambr. (liv. 5, sur S. Luc). Il en est qui expliquent cette difficulté en disant que Jean était un grand prophète qui connut le Christ, et annonça la rémission future des péchés; mais qu'en prédisant sa venue comme un saint prophète, il n'avait pas cru qu'il devait être soumis à la mort. Ce n'est donc pas sa foi qui doute, mais sa piété; et saint Pierre lui-même partagea ce doute lorsqu'il dit au Sauveur: «Épargnez-vous, Seigneur, cela ne vous arrivera pas» (Mt 16, 11). - S. Chrys. (hom. 37). Mais cette explication n'est pas fondée, car Jean ne pouvait pas ignorer même cette circonstance, puisque c'est la première chose à laquelle il a rendu té moignage par ces paroles: «Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde». En lui donnant le nom d'Agneau, il dévoile le mystère de la croix, puisque ce n'est que par la croix qu'il a effacé les péchés du monde. Comment d'ailleurs serait-il plus qu'un prophète s'il igno rait ce que les prophètes eux-mêmes ont connu et annoncé? En effet Isaïe n'a-t-il pas dit (Is 53): «Il a été conduit à la mort comme une brebis ?»

S. Grég. (hom. 6 sur les Evang). On peut donner à cette question une solution différente en réfléchissant sur le temps où ce fait s'est passé. Sur les bords du Jourdain, Jean-Baptiste a dé claré que Jésus était le rédempteur du monde; mais dans sa prison il envoie demander s'il doit venir. Ce n'est pas qu'il doute que Jésus soit le Rédempteur promis, mais il demande si celui qui est venu sur la terre en se faisant annoncer par lui, suivra le même ordre pour descendre dans les enfers. - S. Jér. C'est pour cela qu'il ne dit pas: «Est-ce vous qui êtes venu ?» mais: «Est-ce vous qui viendrez ?» Et tel est le sens de ces paroles: Faites-moi savoir, à moi qui dois descendre aux enfers, si je dois aussi vous y annoncer, ou si vous devez confier ce ministère à un autre. - S. Chrys. (hom. 37). Mais comment cette opinion même peut-elle être soutenue? Car pourquoi Jean n'a-t-il pas dit: «Est-ce vous qui devez venir dans les enfers ?» mais dit-il simplement: «Qui devez venir ?» D'ailleurs n'est-il pas ridicule qu'il ait demandé s'il devait en allant dans les enfers l'annoncer dans ce lieu? La vie présente seule est le temps de la grâce, et après la mort il ne reste que le jugement et la peine; quel besoin donc d'envoyer un précurseur en ce lieu? Mais encore, si les infidèles pouvaient être sauvés par la foi après leur mort, aucun d'eux ne périrait; car tous alors se repentiront et adoreront le Fils de Dieu, puis qu'alors tout genou fléchira devant lui, dans le ciel, sur la terre et dans les enfers.

La Glose. Remarquons que saint Jérôme et saint Grégoire n'ont pas dit que Jean-Baptiste devait annoncer la venue du Christ dans les enfers pour convertir à la foi un certain nombre de ceux qui ne croient pas en lui, mais pour consoler par l'espérance de son avènement prochain les justes qui s'y trouvaient en attendant la venue du Christ.

S. Hil. (can. 11 sur S. Matth). Il est cependant certain que l'erreur ne s'est point mêlée à cette connaissance parfaite qu'avait saint Jean, lui qui avait annoncé comme précurseur la venue du Messie, qui comme prophète le reconnut au milieu de la foule, et comme confesseur, rendit hommage au Sauveur qui venait à lui. On ne peut admettre que la grâce de l'Esprit saint lui ait fait défaut dans la prison, alors que plus tard l'apôtre devait répandre la lumière de sa puis sance sur ceux qui partageaient ses fers.

S. Jér. Ce n'est point par ignorance qu'il interroge, mais de la même manière que le Sauveur demandait en quel endroit le corps de Lazare avait été déposé, afin de préparer ainsi à la foi ceux qui lui indiquaient le lieu de sa sépulture, et de les rendre témoins de la résurrection d'un mort. C'est ainsi que Jean-Baptiste, sur le point d'être mis à mort par Hérode, envoie ses dis ciples à Jésus-Christ, pour qu'ils aient occasion de voir ses miracles et ses prodiges, et qu'ils puissent croire en lui, et s'instruire eux-mêmes en l'interrogeant au nom de leur maître. Que les disciples de Jean aient nourri quelque sentiment d'envie contre le Christ, la question qu'ils lui ont faite précédemment le démontre suffisamment. «Pourquoi les Pharisiens et nous jeûnons-nous souvent, tandis que vos disciples ne jeûnent pas ?» (Mt 9). - S. Chrys. (hom. 37). Tant que Jean-Baptiste était avec eux, il leur parlait sans cesse du Christ, c'est-à-dire qu'il leur recommandait de croire en lui; mais sentant sa mort prochaine, il redouble de zèle, car il craint de laisser dans ses disciples un levain de dangereuse erreur, et il redoute qu'ils ne demeurent éloignés de Jésus-Christ, à l'école duquel il a voulu les renvoyer tous dès le commencement. S'il leur avait dit: Allez à lui, parce qu'il est bien au-dessus de moi, il ne les aurait pas persuadés; ils auraient cru qu'il parlait ainsi par un profond sentiment d'humilité, et ils lui seraient restés plus attachés qu'auparavant. Que fait-il donc? Il attend que ses disciples viennent lui rapporter eux-mêmes que le Christ fait des miracles; et parmi eux tous il n'en envoie que deux qu'il regardait peut-être comme plus faciles à être convaincus. Il les envoie afin que sa demande ne prête à aucun soupçon et qu'ils apprennent par les faits eux-mêmes la distance qui les sépare de Jésus-Christ.

S. Hil. (can. 11 sur S. Matth). Jean-Baptiste n'agit donc pas ici pour éclairer son ignorance, mais pour dissiper celle de ses disciples; il les envoie considérer les oeuvres de Jésus afin de leur apprendre qu'il n'en a point annoncé un autre que lui, que ses prodiges donnent une nouvelle autorité à ses paroles, et qu'ils n'attendent pas un autre Christ que celui qui avait pour lui le témoignage des oeuvres. - S. Chrys. (hom. 37). Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui connaissait la pensée de Jean, ne dit pas «C'est moi»; car cette réponse aurait indisposé ceux qui l'entendaient; ils auraient pu penser, quand ils ne l'auraient pas dit, ce que les Juifs lui objectèrent plus tard: «Vous vous rendez donc témoignage à vous-même ?» Il veut donc les instruire à l'école de ses miracles, pour donner ainsi à sa doctrine une autorité plus éclatante et plus irrécusable; car le témoig nage des oeuvres est plus digne de foi que le témoignage des paroles. Il guérit donc sous leurs yeux des aveugles, des boiteux, et beaucoup d'autres malades, non pour l'enseignement de Jean-Baptiste, qui n'en avait pas besoin, mais pour l'instruction de ses disciples qui étaient dans le doute. «Et Jésus leur répondit: Allez, rapportez à Jean ce que vous avez entendu, et ce que vous avez vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés». - S. Jér. Ce dernier trait n'est pas inférieur à ceux qui précèdent; les pauvres évangélisés sont ou les pauvres d'esprit, ou ceux qui sont pauvres des biens de la terre; ainsi la prédication ne met aucune dif férence entre la noblesse et l'obscurité de la condition, entre les riches et les pauvres; et c'est là une preuve de la rigoureuse justice du maître, et de la vérité de ce divin précepteur: tous ceux qui peuvent être sauvés sont égaux à ses yeux.

S. Chrys. (hom. 37). Ce qu'il ajoute: «Et heureux est celui qui ne prendra pas de moi un sujet de scandale», tombe sur les envoyés qui étaient scandalisés à son sujet; Notre-Seigneur ne dévoile pas leurs doutes intérieurs, il les abandonne au jugement de leur conscience, et leur adresse ce reproche indirect. - S. Hil. (can. 2 sur S. Matth). En disant: Bienheureux celui qui ne prendra point de lui un sujet de scandale, il montre l'écueil contre lequel Jean a voulu les prémunir, car il n'a envoyé ses disciples vers le Christ que dans la crainte qu'ils ne fussent scandalisés à son sujet. - S. Grég. (hom. 6 sur les Evang). Jésus-Christ a été pour les infidè les un grand sujet de scandale lorsqu'après tant de miracles, ils le virent expirer sur la croix; c'est ce que saint Paul exprime lorsqu'il dit: «Nous prêchons Jésus-Christ crucifié, qui est un scandale pour les Juifs» (1Co 1). Que signifient donc ces paroles: Heureux est celui qui n'aura pas été scandalisé à mon sujet, si elles ne sont une déclaration manifeste de l'ignominie et des humiliations de sa mort? N'est-ce pas comme s'il disait clairement à Jean-Baptiste: Je fais des choses admirables, mais je ne rougis pas d'en souffrir d'ignominieuses, et puisque ma mort doit suivre la vôtre, il faut que les hommes se gardent de la mépriser, après avoir admiré les prodiges que j'ai opérés ?

S. Hil. Le sens mystique nous offre encore une intelligence plus large de ce fait de la vie de Jean-Baptiste. C'est que comme prophète, et par la nature même de sa mission prophétique, il annonce que la loi est pour ainsi dire ensevelie dans sa personne. La loi, en effet, avait annoncé Jésus-Christ, prêché la rémission des péchés, promis le royaume des cieux, et Jean avait accompli toute cette oeuvre de la loi. Au moment donc où cesse la loi qui, retenue captive par les péchés du peuple, était comme chargée de chaînes, renfermée dans un cachot, et ne pouvait par conséquent reconnaître le Christ, elle envoie considérer le spectacle que présente l'Évangile, afin que l'incrédulité soit forcée de reconnaître la vérité de la doctrine dans la vérité des faits. - S. Amb. On peut voir aussi dans ces deux disciples les cieux peuples, les Juifs fidèles et les Gentils.


vv. 7-10

4107 Mt 11,7-10

S. Chrys. (hom. 37). C'en était assez pour les disciples de Jean, et ils se retirèrent convaincus par les miracles opérés sous leurs yeux que Jésus était le Christ; mais il fallait guérir les esprits de la multitude qui ne connaissait pas l'intention de Jean-Baptiste, et pour qui la question de ses disciples avait soulevé plus d'une difficulté. Car elle pouvait dire: Celui qui a rendu un si glorieux témoignage au Christ a-t-il donc changé de sentiment et doute-t-il aujourd'hui qu'il soit le Messie? Est-ce par un esprit d'opposition à Jésus qu'il lui fait adresser cette question? La prison aurait-elle affaibli sa grande âme? Est-ce que les premiers témoignages n'étaient que de vaines paroles? -
S. Hil. (can. 11 sur S. Matth). Afin donc qu'on ne pût appli quer à Jean-Baptiste ce qu'il venait de dire, comme si le saint précurseur eût été scandalisé au sujet de Jé sus-Christ, l'Évangéliste ajoute: «Lorsqu'ils s'en furent allés, Jésus commença à parler de Jean aux peuples». - S. Chrys. (hom. 37). Il attend que les disciples de Jean soient partis, pour qu'on ne l'accuse pas de flatterie à son égard; il redresse les idées de la multitude sans dévoiler leurs soupçons, et en leur donnant simplement la solution de leurs difficultés, et il fait naître des doutes dans leur âme en leur montrant qu'il connaît les secrets de leur coeur. Cepen dant il ne leur dit pas comme aux Juifs: «Pourquoi pensez-vous le mal dans vos coeurs ?» Car s'ils pensaient le mal, c'était par ignorance, et non par méchanceté. Aussi ne les reprend-il pas avec sévérité, il se contente de justifier Jean, en leur montrant qu'il n'a point perdu ses droits à la haute opinion qu'ils avaient de lui. C'est ce qu'il fait, et par le témoignage qu'il lui rend et par celui de la multitude elle-même, dont il invoque non-seulement le témoignage verbal, mais le témoignage de la conduite; c'est pour cela qu'il leur dit: «Qu'avez-vous été voir dans le désert ?» c'est-à-dire: «Pourquoi avez vous abandonné vos cités et vous êtes-vous réunis dans le désert ?» Car une multitude si nombreuse ne se serait pas rendue dans le désert avec un si grand empressement, si elle n'avait cru y rencontrer un personnage important, extraordinaire et plus ferme qu'un rocher. - La Glose. Ce n'est pas qu'ils fussent venus alors dans le désert pour y voir Jean-Baptiste, puisqu'il était en prison; mais le Sauveur leur rappelle ce qu'ils avaient fait autrefois, lorsqu'ils allaient fréquemment dans le désert pour y voir Jean-Baptiste qui s'y trouvait encore.

S. Chrys. (hom. 38). Et voyez comment, sans s'arrêter à justifier Jean-Baptiste de tout autre défaut, il éloigne de lui le reproche de légèreté que le peuple pouvait lui faire intérieurement en leur disant: «Est-ce un roseau agité par le vent ?» - S. Grég. (hom. 6 sur les Evang). Ce n'est point ici une affirmation, mais une interrogation; le roseau, aussitôt qu'il est effleuré par le moindre vent, plie de l'autre côté, image de l'âme charnelle qui plie tour à tour sous le vent de la faveur ou de la contradiction des langues. Jean n'était donc pas un roseau agité par le vent, car aucune vicissitude des choses humaines ne pouvait faire fléchir la droiture de sa conduite. Voici donc le sens de ces paroles du Seigneur: - S. Jér. Avez-vous été dans le désert pour voir un homme semblable à un roseau tour à tour agité par tous les vents, et dont l'esprit léger douterait maintenant de celui auquel il a rendu un éclatant témoignage? Est-ce que peut-être l'aiguillon de l'envie l'exciterait contre moi, est-ce qu'il poursuivrait la vaine gloire dans ses prédications? Chercherait-il à en tirer profit? Pourquoi désirerait-il les riches ses? pour s'asseoir à des tables splendidement servies? Mais il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage; Est-ce pour se vêtir avec mollesse? son vêtement est fait avec des poils de chameau; et c'est pour cela que le Sauveur ajoute: «Mais qu'êtes-vous allés voir? un homme vêtu mollement ?» - S. Chrys. Ou bien dans un autre sens, en allant dans le désert, vous avez prouvé par votre empressement que Jean n'était pas semblable à un roseau mobile. Et on ne peut dire que Jean, ferme et inébranlable de sa nature, est devenu inconstant en s'abandonnant à une vie de plaisirs; car de même qu'un homme est naturellement colère, et qu'un autre le devient par suite de longues souffrances, ainsi il en est qui sont inconstants par nature, et d'autres qui le deviennent en se livrant à leurs passions. Or, Jean-Baptiste n'était pas inconstant par nature, et c'est pour cela que le Sauveur leur fait cette question: «Êtes-vous allés voir un roseau agité par le vent? Ce n'est pas non plus en devenant l'esclave de la volupté qu'il a perdu cette élévation de caractère: le désert qu'il habitait, la prison où il est renfermé prouvent le contraire. S'il avait voulu se vêtir avec mollesse, il n'eût pas choisi pour habitation le désert, mais les palais des rois, car: «Ceux qui sont vêtus mollement, sont dans la maison des rois». - S. Jér. Apprenons ici que la vie austère et la sévérité de la prédication doivent fuir les cours des rois et éviter les palais des hom mes livrés à la mollesse.

S. Grég. (hom. 6 sur les Evang). Que personne ne s'imagine que la recherche des vêtements riches et précieux puisse être exempte de pêché; car s'il en était ainsi, Notre-Seigneur n'aurait point loué Jean-Baptiste de porter un vêtement grossier, et saint Pierre n'aurait pas combattu dans les femmes l'amour des vêtements somptueux par ces paroles: «Ne recherchez pas les habits précieux». - S. Aug. (Doct. chrét., liv. 3, chap. 12). Cependant, ce n'est pas dans l'usage qu'on fait de toutes ces choses, mais dans l'excès et l'attachement immodéré de celui qui en use que se trouve le péché. Par conséquent, si l'on se conduit à cet égard avec plus de parcimonie que ne le comportent les usages des personnes au milieu desquelles on vit, c'est retenue excessive ou cr ainte superstitieuse; mais si l'on dépasse en cela les limites posées par la coutume des personnes vertueuses, c'est mauvais signe, c'est dérèglement.

S. Chrys. (hom. 38). Après avoir donné comme preuve de la vertu du saint précurseur, le lieu qu'il habitait, ses vêtements, et le concours du peuple, il le leur présente comme un prophète: «Qu'êtes-vous allés voir? un prophète? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète. - S. Grég. (hom. 6 sur les Evang). Le ministère du prophète c'est de prédire les choses à venir, et non de les montrer; donc Jean-Baptiste est plus qu'un prophète, car il annonçait comme présent, celui qu'il avait prédit en sa qualité de précurseur. - S. Jér. C'est par là qu'il était plus grand que les autres prophètes, et aussi parce qu'aux privilèges de la dignité de prophète il joignit la gloire de baptiser son Seigneur. - S. Chrys. (hom. 38). Jésus fait voir ensuite en quoi il est supérieur aux autres, en ajoutant: «C'est de lui qu'il est écrit: Voici que j'envoie mon ange devant votre face». - S. Jér. Pour relever le mérite de Jean-Baptiste, il emprunte le témoignage de Malachie qui l'avait annoncé comme un ange. Or, le nom d'ange est donné ici à Jean-Baptiste, non pas qu'il ait eu avec eux une même nature, mais parce qu'il a rempli le même ministère, c'est-à-dire celui de messager, en annonçant le Sauveur qui devait venir. - S. Grég. En grec, le mot ange correspond au mot latin messager: c'est donc avec raison que celui qui venait apporter à la terre un message des cieux reçoit le nom d'ange et qu'il porte ce titre glorieux que justifient ses oeuvres. - S. Chrys. (hom. 38). Il montre donc en quoi Jean-Baptiste est plus grand que les prophètes, c'est parce qu'il a eu l'honneur d'être près du Christ. Ces paroles: «Devant votre face», signifient auprès de vous. Car de même que ceux qui marchent auprès du char du roi sont les seigneurs les plus distingués de sa cour, ainsi Jean reçut un nouvel éclat de la présence du Christ. - La Glose. Ajoutons enfin que les autres prophètes ont eu pour mission d'annoncer l'avènement du Christ, et Jean-Baptiste de lui préparer les voies, et c'est pour cela qu'il est écrit: «Il vous préparera la voie où vous devez marcher», c'est-à-dire qu'il vous rendra les coeurs accessibles en leur prêchant la pénitence et en leur donnant le baptême.

S. Hil. (can. 11 sur S. Matth). Dans le sens mystique, le désert est le lieu qui est privé de la présence de l'Esprit saint, et que Dieu n'habite en aucune façon. Le roseau c'est l'homme tout resplendissant de la gloire du monde, c'est-à-dire par la futilité de sa vie, mais qui ne porte en lui-même aucun fruit de vérité; ses dehors sont agréables, mais il est nul à l'intérieur; le moin dre vent, c'est-à-dire le moindre souffle des esprits immondes l'agite, il n'a aucune consistance, aucune fermeté, aucune force intérieure. Le vêtement représente le corps dont l'âme est revê tue, que le luxe et la volupté amollissent; les rois sont l'image des anges prévaricateurs, car ils sont les puissants du Siècle et les maîtres du monde. Ceux donc qui sont vêtus avec mollesse habitent dans la maison des rois, c'est-à-dire que ceux dont le corps est amolli et a perdu sa force au sein des voluptés deviennent l'habitation des démons. -
S. Grég. (hom. 6 sur les Evang). On peut dire encore que Jean ne fut pas vêtu avec mollesse, parce qu'il n'a point encouragé par un langage flatteur les vices des pécheurs, mais qu'il les a pressés de ses répri mandes énergiques et de ses reproches les plus sévères, jusqu'à les appeler: «Race de vipères» (Mt 3).


v. 11

4111 Mt 11,11

S. Chrys. (hom. 38). Notre-Seigneur ne se contente pas de faire l'éloge de Jean-Baptiste, en rappelant le témoignage que lui rend le prophète, il fait connaître la haute opinion qu'il a per sonnellement de lui en disant: «Je vous le dis en vérité, il n'y en a point eu de plus grand», etc. - Rab. Pourquoi semble-t-il dire, faire un éloge détaillé de Jean-Baptiste: «Je vous le dis en vérité, entre ceux qui sont nés des femmes», etc. Il dit: Entre les enfants des femmes, et non des vierges. Le mot femmes exprime dans le sens propre celles qui n'ont plus leur virginité. Si Marie est quelquefois appelée femme dans l'Évangile, il faut se rappeler que cette expres sion n'est employée que pour désigner son sexe, comme dans ce passage: «Femme, voici vo tre fils». - S. Jér. Notre-Seigneur élève donc Jean-Baptiste au-dessus des hommes qui sont nés des femmes et de leur union avec l'homme; mais non pas au-dessus de celui qui est né de la Vierge et de l'Esprit saint. D'ailleurs, en disant: «Nul d'entre les enfants des femmes n'a été plus grand que Jean-Baptiste», il ne le place pas précisément au-dessus des patriarches, des prophètes, et des autres hommes, mais il les met simplement sur le même rang; car de ce que les autres ne sont pas p lus grands que lui, il ne s'ensuit pas qu'il soit plus grand qu'eux. - S. Chrys. (sur S. Matth). Mais comme la justice est si élevée, qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse en atteindre la perfection, je pense que les saints, aux yeux si pénétrants du souverain juge, sont dans un degré plus ou moins élevé les uns que les autres, et nous devons en conclure que celui au-dessus duquel il n'y en a point de plus grand est lui-même plus grand que tous les au tres.

S. Chrys. (hom. 38). Mais de peur que cette surabondance de louanges n'entraînât quelque inconvénient pour les Juifs, qui avaient de Jean-Baptiste une plus haute estime que de Jésus-Christ, le Sauveur prévient toute impression fâcheuse en ajoutant: «Mais celui qui est le plus petit dans le royaume des ci eux est plus grand que lui». - S. Aug. (cont. l'advers. de la loi et des prophètes, liv. 4, chap. 5). Les hérétiques, en raisonnant sur ce texte, veulent en conclure que Jean-Baptiste n'appartient pas au royaume des cieux, et encore moins les prophètes de ce peuple, auxquels Jean-Baptiste est supérieur. Or, ces paroles de Notre-Seigneur peuvent s'entendre de deux manières: ou bien ce royaume des cieux, c'est celui dont nous ne sommes pas encore en possession, et dont Notre-Seigneur doit dire à la fin du monde: «Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume», etc., et comme les anges sont les habitants de ce royaume, le moindre d'entre eux est plus grand que le juste, qui, sur cette terre, porte un corps sujet à la corruption. Ou bien, si par le royaume des cieux il a voulu signifier l'Église, dont tous les justes qui ont existé depuis la naissance du genre humain sont les enfants, c'est de lui-même qu'il a voulu parler, car il était au-dessous de Jean par son âge, et il lui était supérieur par son éternité divine et par sa puissance souveraine. Dans le premier sens, il faut donc diviser ainsi la phrase: «Celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux», et ensuite: «Est plus grand que lui»; et dans le second sens: «Celui qui est le plus petit», et puis: «Est plus grand que lui dans le royaume des cieux». - S. Chrys. (hom. 38). «Dans le royaume des cieux», c'est-à-dire dans toutes les choses spirituelles et célestes. Il en est qui pensent que Jésus-Christ a voulu parler ici de ses Apôtres. - S. Jér. Pour nous, nous entendons tout sim plement ces paroles, en ce sens, que tout homme juste qui est déjà réuni au Seigneur, est plus grand que celui qui se trouve encore au milieu des combats; car il y a une grande différence entre celui qui a déjà reçu la couronne de la victoire, et celui qui soutient encore sur le champ de bataille tous les efforts de ses ennemis.


vv. 12-15

4112 Mt 11,12-15

La Glose. Les paroles qui précèdent: «Celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que Jean-Baptiste», pouvaient faire penser que Jean-Baptiste était étranger au royaume des cieux. Notre-Seigneur éloigne donc cette idée en ajoutant: «Depuis les jours», etc. - S. Grég. (hom. 20 sur S. Matth). Le royaume des cieux signifie le trône qui nous est préparé dans le ciel, et lorsque des pécheurs souillés de quelques crimes reviennent à Dieu par la pénitence et réforment leur conduite, ils entrent comme pécheurs dans un lieu qui leur est étranger, et ils ravissent avec violence le royaume des cieux.

S. Jér. Si Jean-Baptiste a le premier prêché la pénitence au peuple en ces termes: «Faites pénitence, car le royaume des cieux approche», il est juste que depuis ce temps le royaume des cieux souffre violence, et que les violents seuls le ravissent. Il faut en effet que nous nous fas sions une grande violence, nous dont la naissance est toute terrestre, pour chercher à mériter la gloire des cieux et conquérir par notre vertu ce que nous ne pouvons tenir de notre nature. - S. Hil. (can. 11). Ou bien dans un autre sens, Notre-Seigneur avait ordonné à ses Apôtres d'aller vers les brebis perdues d'Israël (Mt 11), mais leur prédication tournait au profit des publicains et des pécheurs. C'est ainsi que le royaume des cieux souffre violence, et que les violents l e ravissent, parce que la gloire qui était due aux patriarches d'Israël, que les prophètes avaient annoncée, et que Jésus-Christ est venu offrir, a été enlevée et ravie par la foi des na tions. - S. Chrys. (hom. 38). Ou bien encore, ceux qui s'empressent de se convertir sont ceux qui ravissent le royaume de Dieu par la foi en Jésus-Christ; voilà pourquoi il dit: «Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à présent». C'est ainsi qu'il les excite et les presse de croire en lui; en même temps il confirme lui-même tout ce que Jean-Baptiste avait dit précédemment. Car si toutes choses ont été accomplies jusqu'à Jean-Baptiste, il est donc celui qui doit venir, et c'est pour cela qu'il ajoute: «Tous les prophètes ont prophétisé jusqu'à Jean». - S. Jér. Ce n'est pas qu'il veuille dire qu'après Jean il n'y a plus eu de prophète, car nous lisons dans les Actes des Apôtres (Ac 11 Ac 21), qu'Agabus et les quatre vierges, filles de Philippe, prophétisè rent; mais ces paroles signifient que toutes les prophéties de la loi et des prophètes ont eu Jé sus-Christ pour objet. Ces paroles donc: «Ils ont prophétisé jusqu'à Jean», indiquent le temps où devait venir le Christ, et où Jean-Baptiste a signalé la présence de Celui dont ils avaient prédit la venue.

S. Chrys. (hom. 38). Il donne ensuite une autre explication de son avènement: «Et si vous voulez le comprendre, lui-même est cet Élie qui doit venir».Dieu dit en effet par la bouche du prophète Malachie (Ml 4): Je vous enverrai Élie de Thesba, et il dit de Jean-Baptiste: «J'enverrai mon ange devant vous». - S. Jér. Jean est donc appelé Élie, non pas dans le sens de quelques philosophes insensés, et de certains hérétiques qui enseignent le retour des âmes dans de nouveaux corps, mais parce qu'au témoignage de l'Évangile lui-même, il est venu dans la vertu et dans l'esprit d'Élie, et qu'il a reçu la même grâce ou la même mesure de l'Esprit saint. Ajoutez que l'austérité de la vie et la sévérité des principes sont les mêmes dans Élie et dans Jean-Baptiste: ils habitaient tous les deux le désert, tous les deux ils portaient une cein ture de poils de chameau; le premier fut obligé de fuir, parce qu'il avait reproché à Achab et à Jésabel leur impiété, le second eut la tête tranchée parce qu'il avait condamné l'union crimi nelle d'Hérode et d'Hérodiade. - S. Chrys. (hom. 38). Le Sauveur dit avec raison: «Et si vous voulez le comprendre», leur montrant ainsi qu'ils sont libres et qu'il exige une adhésion volontaire: or Jean est Élie, et à son tour Élie est Jean, parce que tous deux sont précurseurs. - S. Jér. Ces paroles: «Lui-même est Élie», sont mystérieuses et ont besoin d'une intelligence particulière, comme le prouve ce qu'il ajoute: «Que celui qui a des oreilles pour enten dre, entende». -
Remi. C'est-à-dire: Que celui qui a les oreilles du coeur pour entendre ou pour comprendre, qu'il entende, qu'il comprenne, parce qu'en effet il a dit non pas que Jean-Baptiste ait été Élie en personne, mais seulement par l'esprit.


vv. 16-19

4116 Mt 11,16-19

S. Hil. (can. 11). Tout ce discours est à la honte de l'incrédulité; c'est l'expression d'un profond sentiment de mécontentement de ce que ce peuple arrogant avait résisté aux divers genres d'instructions qui lui avaient été faites. - S. Chrys. (hom. 38). Le Sauveur procède avec rais on par interrogation, pour montrer que rien n'a été oublié de ce qui devait contribuer à leur salut: «A qui comparerai-je cette génération ?» - La Glose. Comme s'il disait: Jean était un grand prophète, mais vous n'avez voulu croire ni à sa parole ni à la mienne; à qui donc vous comparerai-je? Dans ce mot de génération il comprend les Juifs, Jean-Baptiste lui-même.

Remi. Il se fait aussitôt cette réponse: «Elle est semblable à des enfants assis sur la place pu blique qui crient à leurs compagnons: Nous avons chanté pour vous, et vous n'avez pas dan sé; nous avons chanté des airs lugubres, et vous n'avez point témoigné de tristesse. - S. Hil. (Can. 11). Par ces enfants, Notre-Seigneur entend les prophètes qui ont prêché comme des enfants dans la simplicité de leur âme, et qui, au milieu des synagogues comme au milieu d'une place publique, ont reproché aux Juifs de n'avoir pas conformé leurs oeuvres ex térieures aux chants qu'ils leur adressaient, et de n'avoir pas obéi à leurs paroles; car le mou vement de la danse doit se conformer à la mesure du chant. Or, les prophètes ont appelé le peuple à louer Dieu dans leurs chants, comme nous le voyons dans les cantiques de Moïse, d'Isaïe et de David (Ex 15 Dt 32 Is 12 Is 26 2S 26 Ps 17, etc) ., etc. - S. Jér. Voici donc ce qu'ils reprochent aux Juifs: «Nous avons chanté pour vous, et vous n'avez pas dansé», c'est-à-dire nous vous avons excités par nos chants à la pratique des bon nes oeuvres, et vous n'en avez rien fait; nous avons pleuré pour vous appeler à la pénitence, et vous n'avez pas été plus dociles, vous avez méprisé toute espèce de prédication, et celle qui vous exhortait à la vertu, et celle qui vous appelait à faire pénitence de vos péchés. - Remi. Comment peut-il dire: «A leurs compagnons ?» Est-ce que les Juifs infidèles étaient les égaux et les compagnons des saints prophètes? Non, mais il parle ainsi parce qu'ils étaient tous sortis d'une souche commune. - S. Jér. Les enfants sont encore ceux dont Isaïe a dit: «Me voici, moi et mes enfants, ceux que le Seigneur m'a donnés»; ces enfants s'arrêtent sur la place publique où l'on fait trafic de tout, et ils disent: «Nous avons chanté pour vous, et vous n'avez pas dansé». - S. Chrys. (hom. 38). Je vous ai donné l'exemple d'une vie plus douce que sévère, et vous n'avez pas été persuadés; Jean s'est soumis à une vie austère, et vous n'y avez pas fait plus d'attention; il ne dit pas: Jean a suivi cette ligne de conduite, et moi cette autre; mais il ne sépare pas leur cause, parce que leur intention était la même, et il ajoute: «Jean est venu, ne mangeant, ni ne buvant, et vous avez dit: Il est possé dé. Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant», etc. - S. Aug. (cont. Faust. liv. 16, chap. 31). Je voudrais bien que les Manichéens me disent ce que mangeait et ce que buvait Jé sus-Christ, lui qui se disait mangeant et buvant, en comparaison de Jean-Baptiste qui ne man geait ni ne buvait. Car il n'est pas dit que Jean ne buvait pas du tout, mais qu'il ne buvait ni vin ni rien de ce qui pouvait enivrer, il ne buvait donc que de l'eau; on ne peut pas dire non plus qu'il ne mangeait rien absolument, mais il ne mangeait que du miel sauvage et des sauterelles. Pourquoi donc Notre-Seigneur dit-il qu'il ne mangeait ni ne buvait, si ce n'est parce qu'il n'usait pas des aliments ordinaires des Juifs? Et si le Seigneur n'en avait pas lui-même fait usage, il n'aurait pu dire par comparaison avec Jean-Baptiste qu'il mangeait et buvait. Or, n'est-il pas étonnant qu'on dise de celui qui mangeait des sauterelles et du miel, qu'il ne man geait pas, et qu'on présente comme mangeant celui qui se contentait de pain et de légumes ?

S. Chrys. (hom. 38). «Le Fils de l'homme est venu», etc., c'est-à-dire nous avons suivi, Jean et moi, des routes différentes, mais qui aboutissaient au même but, comme deux chasseurs qui poursuivent un animal par deux chemins différents pour le faire arriver sur l'un des deux. Les hommes sont généralement portés à admirer le jeûne et l'austérité de la vie; c'est pour cela que Dieu voulut que dès son enfance Jean pratiquât ce genre de vie, pour donner ainsi par la suite plus d'autorité à ses paroles. Notre-Seigneur marcha lui-même dans cette voie lorsqu'il jeûna pendant quarante jours; mais cependant il prit d'autres moyens pour persuader aux Juifs de croire en lui; car il était bien-plus important que Jean-Baptiste lui rendît témoignage en marchant dans cette voie, qu'il ne l'était pour lui-même de suivre ce genre de vie. En effet, Jean ne fit éclater en lui que l'austérité de sa vie et l'amour de la justice, tandis que Jésus-Christ avait encore le témoignage des miracles. Il laissa donc Jean-Baptiste briller par le jeûne, et il suivit une voie différente en ne refusant pas de s'asseoir à la table des publicains pour manger et boire avec eux. - S. Jér. Si le jeûne vous est agréable, pourquoi Jean-Baptiste ne vous plaît-il pas? Si la vie ordinaire a pour vous plus d'attrait, pourquoi le Fils de l'homme ne peut-il vous plaire? Pourquoi avez-vous traité l'un de possédé, et l'autre d'ivrogne et d'intempérant ?

S. Chrys. Quelle sera donc désormais leur excuse? c'est pour cela qu'il ajoute: «La sagesse a été justifiée par ses enfants», c'est-à-dire: si vous n'êtes pas persuadés, vous n'avez pas, du moins, de raison de m'accuser. C'est ce que le Prophète-Roi dit de Dieu le Père: «Afin que vous soyez justifié dans vos paroles» (Ps 50). Quoique vous n'ayez tiré aucun profit de l'économie de la divine providence à votre égard, de son côté elle a fait tout ce qu'elle devait, de manière à ne laisser pas même l'ombre d'un doute à l'impudence et à l'ingratitude. - S. Jér. La sagesse a été justifiée par ses enfants, c'est-à-dire la doctrine et la conduite de Dieu. Ou bien la conduite du Christ qui est la vertu et la sagesse de Dieu a été justifiée par les Apô tres qui sont ses enfants. - S. Hil. Or, il est lui-même la sagesse, non par les effets merveil leux qu'elle a produits en lui, mais par nature. Il en est plusieurs qui cherchent à éluder la force de ces paroles de l'Apôtre qui proclament le Christ la puissance et la sagesse de Dieu (1Co 1), en disant que la vertu de cette sagesse et de cette puissance divine s'est montrée dans l'oeuvre de son incarnation et de sa naissance d'une Vierge; mais pour détruire par avance cette interprétation, il a déclaré qu'il était lui-même la sagesse, montrant ainsi que ce n'étaient pas seulement les oeuvres de la sagesse, mais la sagesse elle-même qui résidait en lui; car l'oeuvre de la vertu n'est pas la vertu elle-même, et l'effet demeure distinct de celui qui le pro duit. - S. Aug. (Quest. Evang., liv. 2, chap. 11). «La sagesse a été justifiée par ses en fants», en ce sens que les saints Apôtres comprirent que le royaume des cieux n'était point dans le boire et dans le manger, mais dans la patience à supporter les épreuves; aussi l'abondance ne leur inspirait aucun orgueil, et la pauvreté ne pouvait les abattre. C'est ce qui faisait dire à saint Paul: «Je sais être dans l'abondance, et je sais supporter la pauvreté». - S. Hil. On lit dans quelques exemplaires: «La sagesse a été justifiée par ses oeuvres». La sagesse, en effet, ne cherche pas le témoignage des paroles, mais celui des oeuvres. S. Chrys. (hom. 38). Si cette comparaison empruntée aux enfants vous paraît vulgaire, n'en soyez pas surpris, car Jésus s'adressait à des auditeurs grossiers; c'est ainsi qu'Ézéchiel se sert de plusieurs comparaisons en rapport avec l'intelligence des Juifs, mais qui ne convenaient nullement à la grandeur de Dieu, si toutefois l'on peut dire qu'une chose qui est utile aux hommes n'est pas digne de Dieu.

S. Hil. (can. 11). Dans le sens mystique, la prédication elle-même de Jean-Baptiste fut impuissante pour convertir les Juifs, parce que la loi leur avait paru pénible, difficile et gênante à cause de ses prescriptions sur les aliments et sur les boissons. Elle renfermait pour ainsi dire en elle-même le péché auquel il donne le nom de démon, parce que la difficulté que présentait son observation en rendait presque inévitable la transgression. A son tour, la prédication de l'Évangile de Jésus-Christ ne leur fut pas agréable, malgré la liberté qu'elle leur rendait, en allégeant tout ce que la loi avait de difficile et d'accablant. Les publicains et les pécheurs em brassèrent la foi, mais pour les Juifs, après tant et de si grands avertissements, ils ne furent pas justifiés par la grâce, et ils furent abandonnés par la loi. C'est alors que la sagesse fut justifiée par ses enfants, c'est-à-dire par ceux qui ravissent le royaume des cieux par la justification qui vient de la foi, et en proclamant la justice des opérations de la sagesse de Dieu qui prive de ses grâces les esprits rebelles pour en faire part aux coeurs fidèles.



Catena Aurea 4040